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Parc Dragon Ball en France : pourquoi le projet de Cergy-Pontoise pourrait ne jamais voir le jour

Par TISSET · Publié le 2 octobre 2026

Le 24 août 2026, Emmanuel Macron et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane ont annoncé trois parcs à thème à Cergy-Pontoise, dont un parc Dragon Ball, pour 6 milliards d'euros. Quelques jours plus tard, Toei Animation affirmait n'avoir accordé aucune licence. Licence, financement, emplacement : j'ai regardé ce qui tient vraiment dans ce projet.

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Le projet en bref

Annonce24 août 2026, par Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane
LieuCergy-Pontoise (Val-d'Oise), à environ 35 km au nord-ouest de Paris, sur l'ancien site de Mirapolis (55 hectares)
InvestisseurQiddiya Investment Company, filiale du fonds souverain saoudien (PIF)
Montant6 milliards d'euros
Programme3 parcs à thème, dont un parc Dragon Ball
Emplois annoncés22 000 emplois directs
Date d'ouvertureAucune annoncée
Licence Dragon BallNon accordée selon Toei Animation (fin août 2026)

Comment le projet est né

Selon Brut et L'Écho touristique, les deux dirigeants en avaient parlé pour la première fois à Riyad en décembre 2024. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, affirme que la région travaillait sur le dossier depuis dix-huit mois. Côté Élysée, un conseiller a mis en avant la « passion » commune pour les mangas, « notamment Dragon Ball Z ».

L'annonce a été faite lors de la visite de Mohammed ben Salmane en France, avec un chiffre fort, 22 000 emplois directs, mais sans date d'ouverture ni détail sur les deux autres parcs.

Le parc a-t-il le droit d'utiliser Dragon Ball ?

Pas à ce jour. Après l'annonce, Toei Animation, le studio du dessin animé, a publié un démenti sans ambiguïté :

« Ni notre société, ni aucune des sociétés détenant des droits sur cette propriété n'ont accordé de licence pour ce projet. »

Toei Animation, fin août 2026, cité par Brut et L'Écho touristique (traduction)

Les droits de Dragon Ball sont partagés entre plusieurs sociétés japonaises : l'éditeur Shueisha, qui publie le manga, Toei Animation pour l'anime, et Bandai Namco pour les jeux et produits dérivés. Shueisha a nié toute participation et Bandai Namco n'a pas souhaité commenter. De son côté, Qiddiya assure que les discussions avec les détenteurs de licences internationales se poursuivent.

C'est le point le plus fragile du projet. Une licence de cette taille se négocie longuement : redevances, validation de chaque décor et de chaque attraction par les ayants droit. Annoncer le parc avant d'avoir signé, c'est prendre le risque d'un parc sans Goku, donc sans son principal argument.

Les images du projet venaient d'Arabie saoudite

Les images qui ont circulé pour illustrer le parc français montraient en réalité un autre projet : le parc Dragon Ball de Qiddiya, en Arabie saoudite, annoncé le 22 mars 2024 avec Shueisha. Toei l'a d'ailleurs précisé dans son démenti.

Image de projet du parc Dragon Ball de Qiddiya, avec la statue de Shenron au centre
Le parc Dragon Ball de Qiddiya, en Arabie saoudite : c'est cette image qui a circulé pour le projet français. Visuel Qiddiya.

Ce parc saoudien, lui, a un vrai programme :

Surface500 000 m²
Zones7, inspirées de lieux de la série (maison de Tortue Géniale, Capsule Corporation, planète de Beerus…)
AttractionsPlus de 30
EmblèmeUne statue de Shenron de 70 m qui porte un grand huit
PartenaireShueisha, l'éditeur du manga

La différence est nette : en Arabie saoudite, l'éditeur est partenaire officiel depuis le départ. En France, aucun ayant droit ne s'est engagé.

L'Arabie saoudite peut-elle encore payer ?

Le financement vient de Qiddiya Investment Company, adossée au fonds souverain saoudien. Or le royaume réduit ses dépenses. Le 22 mai 2026, Semafor révélait que NEOM suspendait jusqu'après 2030 les travaux de The Line, la ville-ligne de 170 km, mais aussi d'autres chantiers, comme la station de montagne Trojena. Les raisons citées : des déficits budgétaires qui se creusent, des investissements étrangers plus faibles que prévu et des doutes sur la faisabilité de plusieurs projets du fonds souverain.

D'autres engagements ont été coupés : le financement du circuit de golf LIV Golf a été arrêté, et le Mukaab, un gigantesque cube prévu à Riyad, a été reporté. Le ministre des Finances, Mohammed al-Jadaan, l'a assumé : « Si nous annonçons quelque chose et que nous devons l'ajuster, nous le ferons sans hésiter. »

Mon analyse : quand un pays gèle ses mégaprojets chez lui, un investissement de 6 milliards dans des parcs en France devient plus difficile à justifier. Ce n'est pas une preuve que le projet sera abandonné, mais c'est un risque réel.

Pourquoi Cergy-Pontoise rappelle Mirapolis

Le Val-d'Oise a déjà connu un grand parc à thème, exactement au même endroit. Mirapolis a ouvert en 1987 à Courdimanche, dans l'agglomération de Cergy-Pontoise, inauguré par le Premier ministre Jacques Chirac. Il a fermé définitivement à l'automne 1991, après cinq saisons. Détail troublant : son principal investisseur était déjà un homme d'affaires saoudien, Ghaith Pharaon.

Le parc misait sur les contes et la littérature française, avec un Gargantua géant pour emblème. Rabelais et les légendes bretonnes parlaient peu aux familles, et le public n'a jamais suivi :

SaisonVisiteurs
1987Environ 600 000
19881 million
1989640 000
1991400 000

Plus de 700 millions de francs avaient été investis, et les pertes cumulées atteignaient environ 300 millions de francs en 1990. Après la fermeture, les attractions ont été revendues à d'autres parcs européens, dont treize au Spreepark de Berlin, et la statue de Gargantua a été détruite au milieu des années 1990.

L'accès reste le point faible du site. Le Journal du Geek a mesuré environ 1 h 30 depuis le centre de Paris en transports en commun, dont 20 minutes de marche après le RER. Disneyland Paris, à titre de comparaison, a sa propre gare TGV et RER, et s'étend sur 2 230 hectares, contre 55 ici.

  1. Ouverture de Mirapolis à Courdimanche
  2. Fermeture de Mirapolis après cinq saisons
  3. Annonce du parc Dragon Ball de Qiddiya, en Arabie saoudite
  4. Premières discussions entre Paris et Riyad
  5. L'Arabie saoudite suspend The Line jusqu'après 2030
  6. Annonce des trois parcs à Cergy-Pontoise
  7. Toei Animation dément toute licence

Le parc Dragon Ball ouvrira-t-il ?

Ce qui est annoncé

  • 6 milliards d'euros
  • Trois parcs et 22 000 emplois
  • Un terrain de 55 hectares
  • Un soutien politique au plus haut niveau

Ce qui manque

  • La licence Dragon Ball
  • Une date d'ouverture
  • Le détail des deux autres parcs
  • Un accès en transports à la hauteur

Pour l'instant, le projet cumule une licence non signée, un financeur qui coupe dans ses dépenses et un site qui a déjà vu échouer un grand parc. Rien de tout cela n'est définitif, mais l'annonce ressemble davantage à une opération de communication diplomatique qu'à un chantier prêt à démarrer. Mirapolis l'a montré : il ne faut pas crier victoire avant le premier tour de manège.

Sources

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