Article · Parc Astérix

Peur sur le Parc : comment le Parc Astérix, qui refusait Halloween, en est devenu dépendant

Par TISSET · Publié le 3 novembre 2026

En 2005, le Parc Astérix refusait de fêter Halloween et inventait une fête gauloise pour s'en moquer. En 2025, Peur sur le Parc a attiré 557 500 visiteurs en 20 jours, soit près d'un visiteur sur cinq de toute l'année. J'ai fouillé vingt ans de presse locale et les comptes de son propriétaire pour comprendre comment le parc en est arrivé là.

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Peur sur le Parc en bref

ParcParc Astérix, Plailly (Oise), propriété de la Compagnie des Alpes
Première éditionOctobre 2009
Édition 2026Du 3 octobre au 8 novembre
Record557 500 visiteurs en 20 jours d'ouverture, avec 12 nocturnes complètes (édition 2025)
Nocturne 202653 € en ligne, 58 € sur place
Nouveauté 2026La Forêt sans retour, une maison hantée en plein air d'environ 250 m, seulement les soirs de nocturne

2005 : une fête gauloise contre Halloween

Jusqu'en 2005, le Parc Astérix ferme chaque année à la mi-octobre. Cette année-là, les vacances de la Toussaint tombent deux semaines plus tard que d'habitude, et le parc décide de rester ouvert. Son directeur, Alain Trouvé, en poste depuis l'ouverture, l'explique au Parisien : « Ce n'est plus la saison d'aller à la mer, et pas encore celle du ski. »

En octobre, l'idée évidente, c'est Halloween. Mais la fête a mauvaise presse. Arrivée en force en France à la fin des années 1990, poussée par les marques, elle s'essouffle déjà au début des années 2000. Le 31 octobre 2005, Le Parisien titre même « La folie Halloween, c'est fini ». Et de l'autre côté de Paris, Disneyland vend ses soirées d'Halloween à part.

Le patron du groupe qui possède alors le parc, Olivier de Bosredon, a fixé la ligne deux ans plus tôt : « La seule façon pour nous de nous battre contre Disney, c'était d'être nous-mêmes, de nous ancrer dans la culture de la France. » Le parc lance donc la Fête des Druides, et Alain Trouvé annonce la couleur :

« Le but est d'organiser quelque chose qui soit un peu un pied de nez à Halloween. »

Alain Trouvé, directeur du Parc Astérix, Le Parisien, 22 octobre 2005

En 2006, six druides arrivent en limousine blanche, en toge, la serpe à la main. Ils s'appellent Cicatrix, Préfix, Amnésix ou Septantesix. Les enfants peuvent passer un diplôme d'apprenti druide. En 2007, la fête revient à la Toussaint, avec un concours entre druides et un spectacle du magicien Bernard Bilis. Ensuite, la presse n'en parle plus.

2009 : le « bide » et le virage

Fin 2007, Alain Trouvé quitte le parc. Son remplaçant, François Fassier, a passé dix-sept ans à Disneyland Paris. Il arrive pour une première : le parc ouvre à Noël. Sur l'année 2007, la fréquentation bondit de plus de 10 %, grâce aux jours d'ouverture en plus à la Toussaint et à Noël. Pour lui, la leçon est claire : il faut des « temps forts » pour faire revenir les gens hors saison.

En octobre 2009, il présente sa nouvelle Toussaint, et il ne ménage pas la fête de son prédécesseur :

« Nous avions fait un essai, il y a quelques années, à la Toussaint, en lançant un thème sur les druides. Mais nous n'avions pas assez développé le contenu, et cela a été un bide. »

François Fassier, directeur du Parc Astérix, Le Parisien, 24 octobre 2009

Cette fois, le parc fête Halloween, sans prononcer le mot. La fête s'appelle Peur sur le Parc. Une maison hantée est interdite aux moins de 1,30 m, la nocturne coûte 20 euros, et le directeur vise « principalement les jeunes adultes ». Le 31 octobre 2009, 24 000 personnes passent les portes, « un chiffre proche de nos records d'été », selon lui.

2010 à 2023 : un parc débordé

Dès 2010, Le Parisien présente la fête comme la « déclinaison gauloise d'Halloween » de Disney. Le 31 octobre 2010, le parc reçoit 27 000 visiteurs, une journée record. Les nocturnes s'installent, la peur monte d'un cran, et en 2014 le parc recrute 180 personnes pour la saison, dont une douzaine de danseurs choisis en battle sur « Thriller » pour jouer les zombies.

En 2016, les nocturnes affichent complet. Le soir d'Halloween, le parc pourrait accueillir 32 000 personnes, mais la direction préfère s'arrêter à 25 000 et demande aux visiteurs de venir un autre jour. En 2018, la gendarmerie explique sur son site que près de 30 000 personnes repartent en même temps en fin de soirée, et qu'il faut des gendarmes pour éviter les bouchons sur l'autoroute.

Officiellement, pourtant, le parc s'en défend toujours. En 2019, pour les dix ans de la fête, son référent artistique Thierry Bourgeois le dit clairement : « Ici, on ne fait pas Halloween. »

En octobre 2020, avec le Covid, la jauge est limitée à 15 000 personnes. Un samedi des vacances, elle est pleine dès l'ouverture et des visiteurs sont refoulés. En 2022, le parc est complet dès 11 heures le dimanche du week-end d'Halloween. En 2023, il faut réserver sa date à l'avance pour venir en journée pendant Halloween.

  1. Première ouverture à la Toussaint, Fête des Druides
  2. Les druides arrivent en limousine blanche
  3. François Fassier, ancien de Disneyland Paris, prend la direction
  4. Première édition de Peur sur le Parc
  5. Nocturnes complètes, visiteurs priés de venir un autre jour
  6. Jauge Covid pleine dès l'ouverture
  7. Réservation obligatoire en journée
  8. Record : 557 500 visiteurs en 20 jours
  9. « L'événement Halloween n°1 en France », selon le parc

Ce qu'Halloween rapporte

Le Parc Astérix ne publie pas ses comptes à part, mais son propriétaire, la Compagnie des Alpes, est coté en Bourse. En janvier 2019, elle écrit que le chiffre d'affaires de la période Halloween, dans l'ensemble de ses parcs, est passé de 14 millions d'euros en 2012-2013 à 34 millions en 2017-2018.

En janvier 2023, elle précise qu'Halloween représente environ 65 % du chiffre d'affaires de ses parcs sur le trimestre d'octobre à décembre. Appliqué au chiffre du trimestre, cela fait près de 78 millions d'euros (calcul TISSET, pour tous les parcs du groupe).

L'automne a un autre avantage : la météo compte moins. Les billets se vendent à l'avance et la réservation est obligatoire. En 2023, la tempête Ciaran traverse l'Europe en pleine saison d'Halloween, et le groupe annonce une activité presque stable. À l'inverse, en 2025, il a compté 34 jours de météo dégradée sur 62 pendant l'été, et dit vouloir « réduire la météo-dépendance ».

Affiche et monstres de Knott's Halloween Haunt en 1987
Knott's Berry Farm, en Californie, a inventé la saison d'Halloween dans un parc dès 1973. Ici en 1987. Photo : Orange County Archives, CC BY.

Le modèle vient des États-Unis. En 1973, Knott's Berry Farm, près de Los Angeles, transforme tout le parc pour Halloween afin de remplir l'automne. Dès le premier soir, la foule dépasse ce qui était prévu. En 1991, Universal fait le même calcul en Floride pour remplir le dernier week-end d'octobre, d'habitude creux.

Le prix de la peur

Le record de 2025 tient en un chiffre : 557 500 visiteurs en 20 jours d'ouverture. Le parc a reçu 2,9 millions de visiteurs sur toute l'année 2025. Halloween pèse donc près d'un visiteur sur cinq (calcul TISSET).

En 2026, le parc assume enfin le mot et présente Peur sur le Parc comme « l'événement Halloween n°1 en France ». Il installe 14 tonnes de citrouilles et ouvre La Forêt sans retour, une maison hantée en plein air d'environ dix minutes. Le samedi 10 octobre, soir de la première nocturne, le site Queue-Times relève jusqu'à trois heures d'attente affichées devant la forêt.

Visuel de La Forêt sans retour : trois visiteurs avancent dans une forêt de nuit entourés de créatures
Le visuel officiel de La Forêt sans retour, nouveauté 2026. Image : Parc Astérix.

Les prix ont suivi. La nocturne coûtait 20 euros en 2009. En 2026, elle coûte 53 euros en ligne. Le parking est passé de 8 euros en 2012 à 25 euros en 2026, une hausse appliquée le jour même du lancement d'Halloween. Chez Disneyland Paris, c'est l'inverse : la soirée d'Halloween se vendait à part en 2005, et en 2026, les animations sont incluses dans le billet.

Pour être juste, personne n'est obligé d'y aller, et les soirées affichent complet. Un journaliste du Journal du Geek qui a testé la nocturne en 2026 la décrit comme « pensée comme une sortie entre adultes ». C'était exactement la cible fixée par François Fassier en 2009.

Un parc peut-il encore se passer d'Halloween ?

En janvier 2026, le patron de la Compagnie des Alpes écrit que Noël est une « période qui pourrait à terme devenir aussi contributive qu'Halloween ». Halloween n'est plus une fête parmi d'autres : c'est la référence. Au printemps 2026, les parcs du groupe ont reculé, et en juillet il a revu ses objectifs à la baisse, en citant la pluie, les canicules et un climat économique dégradé.

Sur les faits, la réponse est non : un parc comme le Parc Astérix ne peut plus se passer d'Halloween sans perdre un gros morceau de son année.

Ce que ça apporte

  • Un parc ouvert plus longtemps dans l'année
  • Des centaines de comédiens embauchés chaque automne
  • Des recettes moins dépendantes de la météo

Ce que ça coûte

  • Une nocturne passée de 20 à 53 €
  • Un parking passé de 8 à 25 €
  • Des journées complètes où il faut réserver

Mon avis : c'est plutôt une bonne nouvelle. Des parcs ouverts plus longtemps, des comédiens embauchés, et vu le nombre de gens qui y vont et qui ont l'air d'en ressortir ravis, ça doit être une sacrée expérience. Le parc qui voulait faire un pied de nez à Halloween en vit aujourd'hui.

Aller à Peur sur le Parc

En 2026, Peur sur le Parc a lieu du 3 octobre au 8 novembre au Parc Astérix, à Plailly, dans l'Oise. Les nocturnes sont vendues à part (53 € en ligne en 2026) et affichent souvent complet : réservez tôt, sur la billetterie officielle du parc. Prévoyez aussi le parking, à 25 € en 2026.

Sources

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